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La déscolarisation (1/2)

Définir la déscolarisation

Avant de jaser de déscolarisation, je vais définir de quoi il s’agit. J’imagine que l’interprétation peut différer légèrement mais mettons tout de même certaines balises.

La déscolarisation, c’est la période d’ajustement vécue par un enfant qui transitionne d’une scolarité en établissement scolaire à une éducation en famille. Personnellement, j’ajouterais que je considère également la déscolarisation comme un processus de déconstruction d’un vécu attribuable aux parents. Comme la plupart des parents qui enseignent à la maison ont été scolarisés dans le réseau des écoles publiques ou privées, il faut inévitablement passer par un processus de restructuration de notre vision et de nos façons de faire.

Patience!

La déscolarisation n’est pas simple. Et évidemment, il n’y a pas de recettes magiques. Il faut s’armer de patience et d’écoute. Apprendre à entendre l’inaudible et à voir l’invisible. C’est un moment tout désigné pour reconnecter avec soi ou son enfant.

On applique généralement le ratio du 1 mois / 1 an: un mois de déscolarisation pour chaque année faite en école. C’est une balise, mais il faut l’adapter à sa réalité. Y a-t-il eu des enjeux sociaux ou éducatifs en lien avec le retrait; la confiance de mon enfant a-t-elle été ébranlée par des événements fâcheux; en tant que parent, mon propre parcours a-t-il laissé des marques, etc…

Il y a fort à parier que, plus on se donne le temps et le droit de se déscolariser en tant que famille, plus d’éléments referont surface. C’est normal. Et voilà pourquoi la clé de tout ça, au final, c’est LA PATIENCE!

À quoi s’attendre en période de déscolarisation?

De la résistance

De la résistance face à un changement d’horaire, de méthodes de travail, à l’acclimation au nouvel environnement. Une réticence naturelle à être accompagné par un parent qui soudainement porte un nouveau rôle. Surtout si les relations précédentes ont été compliquées avec le corps enseignant. De la résistance qui découle d’une perte de repères et de réalité qui se confondent bien souvent au début.

Pour un parent, on observe souvent de la résistance face aux types d’activités et aux méthodes nouvelles. Des doutes normaux qui s’estomperont au fur et à mesure que la confiance prendra du terrain.

De la dépendance

Des attentes et des compétences qui ne se rencontrent pas. L’enfant habitué d’être dirigé qui fait face à un parent qui s’attend souvent à plus d’autonomie. Un déséquilibre entre l’horaire qu’on s’était imaginé et la réalité qui se dessine. Le temps de se défaire du sentiment de fausse sécurité apporté par les horaires imposés et pré-construits, fausse sécurité parce qu’au final, c’était nullement adapté ou optimisé en fonction des apprenants et des accompagnants.

Des contradictions

On aura beau planifier ensemble. Prendre le temps de choisir des curriculums, des activités. La possibilité de se heurter à une enfant réticent à quelque chose qu’il a lui même choisi est là. En tout temps, même hors processus de déscolarisation. C’est normal. Entreprendre une aventure d’école-maison est un processus sans fin de découverte de soi. Pour tout le monde. Mais au départ, ça peut être décevant et confrontant.

De l’anxiété

Être stigmatisé. Rejeté. Oublié par ses amis et ses pairs. Avoir peur de l’inconnu.

Ne plus pouvoir se comparer pour se situer. Devenir son principal référent. C’est génial, mais ça peut être déstabilisant. Pour les enfants comme pour les grands! Sur ce sujet, nous sommes, parents, bien souvent à surveiller.

Bien que l’école soit une source non négligeable d’événements pouvant entraîner du stress et de l’anxiété, la transition est, en elle-même un événement à surveiller. Encore là, l’importance de prendre son temps, de laisser les sentiments s’exprimer avant de se lancer corps et âme dans la grammaire, les mathématiques ou tout projet éducatif dont on a pu rêver.

24/24

Se retrouver en famille 24 heures sur 24, 7 jours par semaine comporte son lot de défis. Évidemment, il y aura des activités propres à chacun mais, pour imager la situation, nous pouvons dire qu’à tout le moins, le temps passé en famille grandit en proportion.

On a beau être une famille pleine d’amour et s’apprécier, il faut se donner les temps de se redécouvrir dans des contextes qui nous sont nouveaux. Se donner le droit à l’erreur, se faire un devoir de s’excuser, de s’exprimer. Trouver nos propres mécanismes pour développer des liens forts et se supporter dans l’aventure.

Les principaux éléments à déconstruire.

Chaque famille a sa réalité, ses besoins, ses défis. Mais quelques éléments ressortent plus que d’autres. En voici quelques-uns:

5 jours /semaine, de 8h00 à 15h30

C’est une formule accomodante en société qui permet à la population de régler les heures de classe en fonction des heures ouvrables de travail des parents. Mais dans un contexte d’école-maison, c’est complètement inutile. Donnez-vous le droit d’examiner les moments où vous êtes le plus patients, ceux où vos enfants sont les plus réceptifs. Si un parents a un horaire atypique, profitez de l’occasion pour combler les plages horaire libres plutôt que de tenter de tout coincer en même temps. Trouvez votre rythme quotidien mais aussi vos rythmes mensuels, saisonniers, annuels. Jouer avec le temps et appropriez-vous le!

La réalité d’apprentissage en famille est aussi une réalité de proximité et d’enseignement personnalisé. Vous connaissez votre enfant comme personne et, en plus, vous y êtes plus consacré. Tout a le potentiel d’aller plus vite. Il est fort possible que le travail d’une journée d’école ne prenne que quelques minutes ou quelques heures en famille. Célébrez votre nouvelle liberté!

Le programme

Osez délaisser le programme. Avoir confiance en soi, en son enfant, en la vie et toutes les possibilités qu’elle vous offre. Trouver un équilibre (propre à chacun) entre la paix d’esprit et une expérience enrichissante. Il faut faire des essais pour connaître ce qui nous permet d’avancer et ce qui nous alourdit. Oser se découvrir. Il faut persévérer pour voir les avancées. Tout ça demande d’être un tant soit peu effronté au départ pour rejeter du revers de la main le système qui nous a, bien souvent, formé académiquement en tant que parent. Mais l’effort en vaut la chandelle, croyez-moi!

La salle de classe

On a appris assis à un pupitre, entouré d’enfants assis à leur pupitre. En silence, dans un lieu neutre. En groupe avec d’autres jeunes du même groupe d’âge. Avec des murs ornés d’affiches éducatives. On peut reproduire ça à la maison, en partie. Ou pas. C’est au choix. Mais avoir la volonté de reproduire en totalité une réalité qu’on a choisi de quitter serait surprenante. La réalité des apprentissages en famille emmène son lot de défis qui, s’ils sont valorisés peuvent devenir une expérience formatrice. De la difficulté de combiner du multi-âge peut naître une réutilisation des savoirs quand les plus vieux accompagnent les plus jeunes. De la difficulté d’associer la maison avec un contexte scolaire peut découler une capacité à apprendre en contextes variés. Envahissez chaque coins et recoins de votre maison afin de faire des apprentissages un mode de vie qui ne quittera jamais vos enfants.

L’expertise

Concevoir que l’on peut, comme parent, accompagner nos enfants dans leurs apprentissages exige, bien souvent, que l’on reconnaisse les possibilités de nos enfants. Il faut prendre confiance en nos capacités personnelles, oser aller chercher des ressources quand on en ressent le besoin et demeurer à l’écoute des besoins exprimés par nos enfants. Avoir le courage de passer par-dessus la soit-disant progression qu’on nous a imposée pour accepter les chemins inconnus et les détours que nos enfants souhaiteront emprunter.

Il faut comprendre, qu’en contexte familial, où l’écoute est généralement plus facile, le rôle d’un parent-éducateur n’est pas de gaver un enfant de savoirs, de connaissances et de compétences mais plutôt de nourrir sa curiosité, son autonomie et sa confiance en ses capacités. Un enseignant est formé pour diriger un groupe dans une progression académique standardisée qui assure un contrôle de la qualité. Vous n’être pas l’enseignant de votre enfant. Vous êtes son parent!

Dans la prochaine partie, je vous donnerai des trucs pour vous accompagner dans le processus.

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