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AccueilVie de familleJe t'ai oublié.

Je t’ai oublié.

Jessy.

Mon frère.

Tu avais 19 ans.

Tu en aurais 32 ans.

Aujourd’hui ça fait 13 ans que tu as quitté le monde. 13 ans que tu ne fais plus [physiquement] partie de ma vie. Ça fait 13 ans que tu es devenu un rituel.

Ce matin.

En ce matin du 23 avril, j’ai oublié. J’ai oublié ton anniversaire de décès.

Pour la première fois en 13 ans. Je ne me suis pas levée avec la lourdeur au cœur d’une triste journée.

Pour la première fois en 13 ans. Je n’ai pas allumé une chandelle avec ta photo. En la regardant avec nostalgie et angoisse de la mort.

J’ai oublié.

Puis. Plus tard dans l’avant midi. Quand ma mère nous a envoyé une photo souvenir de ton enfance, j’ai réalisé. Ça m’a fait l’effet d’un poignard au cœur . Mais comment ai-je pu oublier cette date si importante ? Cette date fatidique qui a boulversé nos vies à jamais. Cette date où j’ai perdu une partie de moi-même? Mon sang. Ma fratrie. Comment ai-je pu ?

Puis la culpabilité a embarqué…

Je m’étais promis de toujours garder cette date sacrée. La noter à mon agenda. Et en faire un devoir, un rituel intérieur. Te rendre visite au cimetière. Continuer d’honorer ta mémoire. Parler de toi à mes enfants. Leur raconter comment tu étais drôle, vaillant. Comment tu avais de belles valeurs familiales. Comment tu savais t’amuser et profiter de la vie [un peu trop même]. Comment tes yeux pétillants et ton sourire narquois raisonnaient en moi chaque fois que nous avions de courtes conversations.

Je dis courtes, car nous n’avions pas besoin de parler beaucoup à l’époque. Pour se comprendre et échanger ensemble. Tu avais de belles ambitions professionnelles. Des projets. Des rêves qui ne verront jamais le jour. Mes enfants que tu n’auras jamais vu. Ceux de mon autre frère. Et ceux de mes sœurs… Et les tiens. Peut-être . J’aime croire que tu en aurais eu. Ils n’auront jamais eu le privilège de se côtoyer.

Mon frère.

Jessy mon frère . Tu fais partie intégrante de ma vie. Je pense souvent à ce que tu étais et surtout ce que tu serais si….

Si….

Si….

Et seulement si… tu n’avais pas pris ta voiture en ce soir du 23 avril. Si tu n’avais pas dépassé le taux d’alcoolémie permis. Si tu n’avais pas fait de vitesse.

Si tu n’avais pas utilisé une automobile qui ne respectait pas les critères d’inspection. S’il n’y avait pas eu cette pluie. Et cette chaussée glissante. Et…

Et si…

Maintenant.

En ce pm, j’ai le cœur soudainement triste d’avoir manqué à ma promesse. D’avoir oublié mon rituel. Mais cela signifie également que le temps est plus doux. Maintenant. Que ma blessure est moins profonde. Qu’elle cicatrise lentement. Et que la douleur n’est plus aussi vive.

Cela signifie. Que même si mon quotidien est chargé, avec mes enfants. Et que ce matin, je n’ai pas pensé à toi…

Mon petit frère. Jessy.

Laisse-moi te dire.

Je veux que tu saches que je t’aime d’un amour inconditionnel, à l’infini et à jamais. Bien au-delà d’une date .

crédit photo Emmanuelle Laurin
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